L’Autorité canadienne en valeurs mobilières (ACVM) examine le secteur des FNB : Implications pour les investisseurs et les gestionnaires d'actifs
Voici ce qu'il faut savoir sur l'examen de l'industrie canadienne des FNB par les ACVM.

Depuis ses débuts modestes en 1990 avec le lancement du FNB iShares S&P/TSX 60 Index (XIU), le paysage canadien des FNB s'est transformé en un écosystème florissant, représentant aujourd'hui environ 15 % de l'actif total des fonds d'investissement offerts au public au pays.
Cette croissance stupéfiante n'a pas été sans poser de problèmes. Les développements récents, tels que les FNB de produits alternatifs liquides, les FNB de liquidités à taux d'intérêt élevé, les FNB d'actions uniques et, notamment, les FNB de crypto-monnaies au comptant, ont non seulement élargi le champ d'application, mais ont également engendré de nouvelles complexités.
Il ne fait aucun doute que ces innovations repoussent les limites et mettent à l'épreuve la résistance et l'applicabilité des réglementations existantes. Mais quel organisme de réglementation est à l'avant-garde de la compréhension et de la supervision du secteur canadien des FNB, qui évolue rapidement et qui est novateur ?
C'est le cas des l'Autorité canadienne en valeurs mobilières (ACVM). Chargées de veiller à l'intégrité des marchés financiers du pays, les ACVM jouent un rôle crucial dans l'élaboration de normes réglementaires. Cette fois, elles se concentrent sur l'examen réglementaire du secteur florissant des FNB.
Comme le souligne à juste titre Stan Magidson, président des ACVM et directeur général de la Commission des valeurs mobilières de l'Alberta, "le Canada est un pionnier dans le domaine des FNB". Cet esprit de pionnier s'accompagne d'une responsabilité d'adaptation, afin que les cadres réglementaires restent pertinents.
Alors que le marché des FNB élargit ses horizons, adoptant de nouvelles structures et de nouveaux mécanismes de négociation, il est primordial que son cadre réglementaire suive le mouvement, en veillant à ce qu'il réponde aux caractéristiques et aux exigences uniques de ce secteur.
Alors que les ACVM se lancent dans cet examen critique tout au long de l'année 2023, à quoi les investisseurs et les gestionnaires d'actifs peuvent-ils s'attendre ? Dans cette discussion, nous nous pencherons sur les implications potentielles de l'annonce des ACVM, en mettant en lumière la façon dont cette évaluation réglementaire pourrait façonner l'avenir des FNB au Canada.
Ce sur quoi l’ACVM se concentre
Alors que les ACVM se préparent pour le second semestre 2023, l'un des principaux points à l'ordre du jour est l'évaluation de la réglementation actuelle relative aux FNB. Plus précisément, les ACVM cherchent à déterminer si les réglementations en vigueur répondent de manière adéquate aux "caractéristiques uniques" des FNB. Ces caractéristiques, qui distinguent les FNB des véhicules d'investissement traditionnels tels que les fonds communs de placement et les fonds à capital fixe, sont les suivantes :
- Négociation sur le marché secondaire : Il s'agit essentiellement de la transaction de parts d'FNB sur les marchés boursiers, à l'instar des actions individuelles. Par exemple, lorsque Jeanne souhaite acheter des parts d'un FNB, elle peut effectuer la transaction par l'intermédiaire de son compte de courtage, achetant ainsi à un autre investisseur qui cherche à vendre, sans aucune interaction directe avec l'entité FNB elle-même.
- Création et rachat par des courtiers agréés : Ce processus contourne la méthode traditionnelle selon laquelle un FNB interagit directement avec le grand public pour l'émission ou le rachat de parts. Ce sont des institutions financières spécialisées, appelées courtiers agréés, qui jouent ce rôle. Elles détiennent le privilège unique de créer ou de racheter des parts de FNB en blocs importants, communément appelés "parts de création". Pour illustrer ce phénomène, on peut citer l'exemple d'un FNB qui connaît une forte augmentation de la demande. Un courtier agréé peut se procurer les actifs que le FNB représente et les échanger contre de nouvelles parts d'ETF, ce qui permet d'augmenter l'offre.
- Mécanisme d'arbitrage : Cet élément est essentiel pour garantir la stabilité du prix d'un FNB par rapport à la valeur nette de ses actifs. Lorsque le prix d'un FNB s'écarte de sa valeur nette d'inventaire (VNI), les arbitragistes interviennent pour exploiter cette différence de prix. Par exemple, si un FNB se négocie avec une prime par rapport à sa valeur nette d'inventaire, un arbitragiste peut acheter les actifs sous-jacents à un taux plus bas et vendre le FNB à un prix plus élevé. Cette opération lui garantit non seulement un bénéfice, mais elle rapproche également le prix de le FNB de sa valeur liquidative.
Un domaine d'examen possible
Un exemple concret qui pourrait attirer l'attention des ACVM est l'effondrement du marché COVID-19 en mars 2020. Au cours de cette période tumultueuse, de nombreux FNB obligataires canadiens populaires, en particulier ceux qui détiennent des obligations d'entreprises moins liquides, se sont négociés avec des décotes importantes par rapport à leur valeur nette d'inventaire, comme le montre le tableau ci-dessous :
- BMO Aggregate Bond Index ETF (ZAG) : décote de 11,30 % par rapport à la valeur liquidative au 18 mars 2020.

- iShares Core Canadian Short Term Corporate + Maple Bond Index ETF (XSH) : -11,20% de décote par rapport à la valeur liquidative au 18 mars 2020.

Pour les investisseurs, cela signifiait que le prix de marché de ces FNB était considérablement inférieur à la valeur des obligations qu'ils détenaient. Les investisseurs qui ont vendu le FNB pendant cette période ont pu réaliser des pertes plus importantes que s'ils avaient détenu directement les obligations sous-jacentes.
Ces événements soulèvent des questions quant à l'efficacité du mécanisme d'arbitrage en cas de tensions sur le marché et à la nécessité d'une surveillance réglementaire renforcée pour éviter de telles divergences à l'avenir, en particulier lorsqu'il s'agit de FNB détenant des actifs sous-jacents moins liquides.
Veuillez noter que cet article est publié à titre d'information uniquement et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Il est essentiel que vous demandiez conseil à un professionnel de la finance agréé avant de prendre une décision d'investissement.

